SIDA: catastrophe virale ou catastrophe scientifique ?
par Neville Hodgkinson
Synopsis
En dépit de dépenses supérieures à 100 milliards de dollars (pour ne citer que celles payées par les contribuables américains), les scientifiques n'ont toujours pas pu déterminer comment le VIH provoque le syndrome du SIDA. Les prévisions concernant le déroulement de l'épidémie se sont avérées fausses. Alors que des millions d'Africains en sont prétendument infectés et en meurent, le nombre des décès dus au SIDA en Europe et aux États-Unis a fortement diminué. Pour le Royaume Uni, il est inférieur à 250 morts par an pour une population de près de 6O millions d'habitants. Les affirmations selon lesquelles le déclin du SIDA en Occident serait à mettre au crédit des cocktails de drogues antivirales ne sont pas prouvées scientifiquement. Bien au contraire, le gouvernement des États-Unis, invoquant une "toxicité inattendue" de ces drogues, a inversé sa politique du "frapper vite, frapper fort" précédemment appliquée aux personnes séropositives au VIH. La théorie selon laquelle le VIH serait l'agent causal du SIDA a certes joué un rôle dans certains domaines de santé publique et de besoins sociaux, mais la communauté scientifique a manqué à ses devoirs en refusant de reconnaître et d'étudier les importantes failles de cette théorie et de la pratique médicale qui en découle. En particulier, elle n'a jamais été capable de valider les tests de diagnostic du VIH en isolant ce virus. C'est peut-être à tort que l'on a interprété les signaux génétiques et chimiques émis par les cellules immunitaires en souffrance comme prouvant la présence d'un virus mortel. Le SIDA et la "maladie du VIH" sont largement sur-diagnostiqués en Afrique et dans d'autres pays où la malnutrition et la misère avec leur cortèges d'infections sont les véritables tueurs. Les conséquences nuisibles de ces fautes et omissions augmentent encore du fait que l'Organisation Mondiale de la Santé et l'ONUSIDA, convaincus qu'il s'agit d'une pandémie africaine, pressent les ministres africains de consacrer une plus grande part de leurs propres ressources financières à combattre le SIDA/VIH. Au lieu de cela, il serait possible d'apporter un soulagement considérable à la souffrance humaine en utilisant de manière appropriée les remises de dettes et les aides d'urgence, pour lesquelles l'ONUSIDA fait aussi campagne. Il est plus que temps que la communauté scientifique apporte une réponse raisonnable à toutes les preuves qui se sont accumulées à l'encontre de la théorie du VIH.
Introduction
Une africaine se tient au pied d'une grande croix en bois grossièrement fabriquée plantée sur une tombe fraîchement creusée. Sous son visage triste dont le regard accusateur est tourné vers le ciel, se trouve la couverture en noir et blanc d'un numéro spécial du British Medical Journal intitulé "Global Voices on the AIDS Catastrophe" (Points de vue du monde entier sur la catastrophe du SIDA).[1] À l'intérieur de ce numéro, on peut lire que faute de pouvoir accéder aux drogues antirétrovirales, "la plupart des 40 millions de personnes porteuses du VIH mourront", que chaque année plus de 600 000 enfants sont infectés par leur mère, que l'épidémie aura tué 55 millions de personnes en 2010, que les pays pauvres devraient avoir un accès gratuit aux drogues anti-VIH, et que notre génération sera jugée sur son succès ou son échec à mettre au point un vaccin contre le VIH et à le rendre équitablement accessible à tous. Les déclarations de ce genre sont devenues de véritables litanies que la grande presse et les journaux professionnels récitent régulièrement dans le but de maintenir l'attention sur la souffrance que le VIH est supposé provoquer, sur la nécessité de veiller à ce qu'il ne se propage pas et d'encourager les mesures pour y remédier.
Le présent article se rapporte à une opinion mondialement répandue qui est en désaccord avec les croyances, les postulats et l'interprétation des faits inhérents à la théorie VIH du SIDA. Pour ceux qui partagent cette vue dissidente, les énonciations du paragraphe ci-dessus ont une signification très différente. Elles expriment une tragédie provoquée par les erreurs. Les "dissidents" ne contestent pas que la souffrance provoquée par les déficiences immunitaires sont très répandues dans les pays pauvres et qu'il y a un réel et urgent besoin de fournir de l'aide. Ils ne sont pas unanimes sur la cause réelle du SIDA. Mais ils sont unanimes à mettre en question le sinistre tableau décrit par les scientifiques appartenant au courant dominant du SIDA, considérant que cette description constitue un viol de la pensée et du cœur de millions de personnes. Les dissidents sont également tous d'accord pour contester la croyance que le SIDA est provoqué par un simple virus, pour s'opposer à l'utilisation des tests du VIH pour diagnostiquer la "maladie du VIH" et pour soutenir qu'il existe pour lutter contre le SIDA des moyens moins barbares et mieux adaptés que les drogues antivirales et la recherche d'un vaccin.
Pour nombre de scientifiques, tout particulièrement s'ils sont immergés dans la recherche sur le SIDA, la cause virale (VIH) du SIDA n'est plus une théorie mais un fait. Après avoir étudié le problème pendant plus de dix ans, mon opinion personnelle est que, contrairement à l'opinion répandue et aux prétentions de ceux qui y adhèrent, cette position ne repose pas sur des preuves indiscutables de l'exactitude de l'hypothèse VIH. Tout au contraire, une foule de faits montrent que l'approche scientifique qui sous-tend les statistiques précitées et constamment mises en avant est fausse sur plusieurs aspects cruciaux, tout comme le paradigme qui lui sert de base. Il y a même un immense interrogation en ce qui concerne l'existence du virus en tant qu'agent infectieux unique. Les manifestations interprétées comme montrant la présence de ce virus peuvent tout aussi bien être provoquées par une forte dégradation des cellules d'un système immunitaire en mauvais état. La plupart des gens ignorent ce fait capital car le VIH devint un article de foi de la médecine moderne presque aussitôt que la théorie en fut proposée, et mettre en doute le VIH est considéré comme pure hérésie. La volonté de faire croire que chacun risquait d'être infecté fut si grande et les réactions passionnelles concernant le SIDA atteignirent un niveau tel que toutes les approches différentes furent systématiquement marginalisées et étouffées dans l'œuf, si bien qu'elles sont pour l'essentiel connues de très peu de monde. Les dissidents osant contester la théorie du VIH sont souvent tournés en ridicule et traités "d'adeptes de la Terre plate" par leurs collègues bien au chaud dans la croyance majoritaire dans le SIDA/VIH. Ceci a eu pour résultat un manquement persistant à reconnaître et étudier les failles de la science sur laquelle repose l'explication virale.
Au début des années 1980, lorsque le SIDA fut pour la première fois reconnu sur le plan médical, le désir de le vaincre fit fleurir parmi les personnes concernées des qualités et aspirations qui dépassaient de loin ce qui était exigé par le seul devoir professionnel. De grands progrès politiques et sociaux ont résulté de ces efforts. La sympathie pour les homosexuels, catégorie la plus touchée par le SIDA en Occident, s'accrut régulièrement et le statut social de la communauté gay en fut transformé. Plus récemment, la prise de conscience des millions de décès prématurés frappant l'Afrique eut pour effet de répandre l'idée que le SIDA constitue l'un des fléaux les plus menaçants pour l'humanité, ce qui déclencha une réaction massive tant en moyens humains que financiers. Pour ne citer que les États-Unis, la recherche, le traitement et autres programmes menés sur le SIDA/VIH au cours des vingt dernières années ont coûté plus de 100 milliards de dollars aux contribuables américains[2] et, pour 2002, le budget prévu par l'administration Bush pour aider les pays étrangers à lutter contre la maladie s'élève à 780 millions de dollars. À la surprise du New York Times, aussi bien les Républicains que les Démocrates trouvèrent que ce budget devait être encore accru. À sa une, le Times titrait "Avec un zèle de converti, le Congrès s'éveille au SIDA", et l'article prédisait que la contribution globale des États-Unis à cette lutte approcherait 1,3 milliards de dollars. Le Fonds Global de Lutte contre le SIDA, la tuberculose et la malaria, de constitution récente, obtint des engagements de financement supérieurs à 2 milliards de dollars dont 700 millions immédiatement disponibles (le BMJ soutint que ces montants étaient encore très insuffisants). De même la Banque Mondiale, qui a déjà consacré plus de 2 milliards de dollars (montant incluant les prêts) au SIDA/VIH depuis 1986, augmente encore ses efforts.
Pourtant, de façon paradoxale, l'énormité de ces efforts conjuguée à la subordination de l'attribution des aides à l'adhésion à la théorie du VIH, eut pour effet que les approches dissidentes eurent encore plus de difficultés à se faire entendre. Pratiquement tout le monde croit maintenant fermement que la planète est confrontée à une "catastrophe du SIDA". Chacun se sent non seulement concerné par les déclarations selon lesquelles l'épidémie ne cesse de se propager mais éprouve de la gratitude devant le fait qu'en dépit de l'immensité du problème, les scientifiques, les médecins et les hommes politiques ont bien ciblé le virus responsable et que des sommes considérables ont été mobilisées pour soutenir leurs efforts. Dès lors, quiconque s'avise d'écrire ou de dire quoi que ce soit pouvant être interprété comme susceptible d'affaiblir la détermination à combattre la propagation du virus passe pour un imbécile, un irresponsable ou même un dangereux individu.
Que l'on soit scientifique ou non, c'est à ses risques et périls que l'on met en doute l'hypothèse du VIH. Le Président d'Afrique du Sud Thabo MBeki en a fait l'expérience, lui qui n'a pas encore fini de remonter la chute de prestige politique que lui a value sa suggestion que c'était la pauvreté et non le VIH qui était la grande responsable du SIDA en Afrique. Lorsque MBeki s'avisa de mettre en doute le bien-fondé de l'utilisation de drogues antivirales pour prévenir la transmission du SIDA de la mère à l'enfant, les médias britanniques le dépeignirent comme un monstre, avec des titres du genre "MBeki laisse les bébés atteints de SIDA mourir dans la souffrance" (The Observer, 20 août 2000) ou "MBeki ennemi du peuple" (Sunday Times, 27 août 2000). Sur toute la planète, la presse écrite, les médias radiotélévisés, les médecins, les scientifiques, les associations humanitaires, les agences des Nations Unies, les institutions financières, les politiciens jusqu'au sein même de la Maison Blanche firent chorus pour critiquer MBeki. "Alors qu'on le presse de dépenser des millions pour prescrire l'AZT, le Président MBeki s'en remet à ceux qui, en matière de SIDA, en sont encore au stade de la croyance à la Terre plate" déclarait le magazine Time en avril 2000 en réponse à l'annonce que MBeki affirmait son droit d'inclure une douzaine de scientifiques "dissidents" dans un comité consultatif de 40 membres sur le SIDA. Selon le correspondant médical du Time, alors que la maladie menaçait d'exterminer un quart de la population d'Afrique du Sud d'ici à 2010, le gouvernement fuyait ses responsabilités et refusait de fournir les drogues antivirales AZT ou Névirapine aux victimes de viol et aux femmes enceintes. Des centaines de milliers, voire des millions, de personnes allaient souffrir à cause de la "malencontreuse défiance de MBeki à l'égard de ceux qui font autorité en matière médicale." La dernière attaque (août 2002) prit la forme d'un album compact disc comportant un remake de célèbres de chansons anti-apartheid dans lesquelles lui et son ministre de la santé Manto Tshabalala-Msimang sont présentés comme les nouveaux oppresseurs.
Effectivement, la situation est dangereuse, mais pas parce que MBeki serait dans l'erreur. Car une chose est sûre : aussi bien l'AZT que la Névirapine sont des drogues extrêmement dangereuses et il n'a jamais été démontré qu'elles étaient bénéfiques pour les bébés. Comme on va le voir, l'action bénéfique qu'on leur attribue est entièrement spéculative en ce qu'elle repose uniquement sur l'effet qu'elles ont sur certains marqueurs indirects supposés témoigner d'une infection par le VIH. Les études portant sur l'évolution concrète de l'état de santé des bébés traités par ces drogues ont montré qu'ils s'en tiraient moins bien que ceux qui n'avaient pas été ainsi traités. Ces faits contredisent les prédictions de l'orthodoxie du SIDA et pourraient conduire à réexaminer nombre des déclarations des experts en matière de SIDA, ce qui aurait dû être fait depuis longtemps.
Comment la théorie du VIH s'est imposée.
De profonds courants sociaux, psychologiques et politiques sont impliqués dans la construction et l'acceptation presque immédiate de l'hypothèse du VIH, mais on peut choisir la date du 23 avril 1984 comme point de départ de l'histoire de ce phénomène. C'est ce jour-là que Margaret Heckler, Secrétaire d'État à la Santé des États-Unis annonça lors d'une conférence de presse que la cause "probable" du SIDA avait été trouvée. C'était un virus, qui devait par la suite devenir célèbre sous le nom de Virus de l'Immunodéficience Humaine. Heckler déclara "qu'un procédé de production en masse de ce virus avait été mis au point, qu'il avait fait l'objet d'une demande de brevet déposée le jour même et que ce procédé permettait de faire des tests sanguins de détection du SIDA qui, espérait-on, seraient disponibles pour tous dans les six mois à venir".
Robert Gallo, chercheur du gouvernement américain à la tête de l'équipe responsable de cette apparente une percée décisive, confirma lors de cette conférence de presse que, pour lui, il était clair que c'était un nouveau rétrovirus qui provoquait le SIDA,[3] probablement le même que celui découvert par l'équipe de Luc Montagnier à l'Institut Pasteur (Paris), et qu'un test sanguin fiable "pouvant rapidement sauver des vies humaines" avait été mis au point. [4] Gallo déclara aux journalistes que le test sanguin avait pu être mis au point "parce que le problème de la production en masse avait été résolu". "C'est l'un des points significatifs de ce que nous vous disons aujourd'hui".[5]
Avant d'affirmer avoir été le premier à vraiment caractériser le "virus du SIDA", Gallo s'était efforcé de minimiser la portée des travaux de l'équipe de l'Institut Pasteur. "Nul n'est parvenu à travailler avec leurs particules", écrivait-il au rédacteur en chef de The Lancet au début de la même année 1984. "Faute de production permanente et de caractérisation, il est difficile de dire que ces particules sont véritablement "isolées" au sens où l'entendent les virologues."[6] Le scepticisme initial de Gallo à l'égard de l'annonce par Montagnier qu'un virus avait été isolé chez des patients atteints de SIDA (scepticisme qu'il reconnut ensuite avoir été malencontreux, pour reprendre les termes de Nature)[7] reposait notamment sur ses doutes concernant les photographies au microscope électronique publiées par le chercheur français. Également, Gallo avait commencé par qualifier de "ridicules" les prétentions de l'équipe française d'avoir identifié un rétrovirus spécifique du SIDA en se fondant seulement sur le fait que leur culture réagissait avec des anticorps contenus dans des échantillons sanguins provenant de patients atteints de SIDA. "C'est de la mauvaise virologie, avait déclaré Gallo, le sérum de personnes malades contient des anticorps à une foule de choses, tout particulièrement lorsque ces malades ont le SIDA."[8]
Gallo changea d'attitude après que son propre candidat au titre de virus du SIDA, le HTLV-1, se fut heurté lui-même au scepticisme, essentiellement parce qu'il avait été associé à une croissance incontrôlée de leucocytes plutôt qu'à leur disparition telle qu'on la constatait dans le SIDA. La conférence de presse d'avril 1984 se rapportait à son second candidat, un rétrovirus prétendument de la même famille que le HTLV-1, qu'il dénomma HTLV-3. Dans le mois qui suivit, l'équipe de Gallo publia dans le magazine Science quatre articles cherchant à démontrer que le HTLV-3 était la cause première du SIDA.[9]
Ces articles de Science et les déclarations de Montagnier constituèrent vite le fondement pratiquement incontesté de la croyance de la communauté scientifique en la théorie selon laquelle le SIDA était effectivement provoqué par un nouveau virus. De 1984 à 1987, l'idée s'imposa qu'à eux deux, Gallo et Montagnier avaient réussi à isoler le virus et à mettre au point un test de diagnostic permettant de détecter sa présence chez les patients et dans les échantillons sanguins. Des campagnes de dépistage menées avec ces nouveaux tests firent croire que le VIH se propageait rapidement par le biais des rapports sexuels, de la transmission de la mère à son bébé, des transfusions sanguines et des partages de seringues chez les toxicomanes. Bientôt arriva la drogue antivirale AZT, initialement mise au point et promue par les scientifiques du gouvernement américain en collaboration avec la firme pharmaceutique Burroughs Wellcome (aujourd'hui incorporée au groupe géant Glaxo-SmithKline), cette dernière en raflant l'essentiel des bénéfices. Il fut annoncé au monde qu'un vaccin ne tarderait pas à être mis au point.
Bien vite, ces postulats de base se transformèrent en une croyance bien établie et, pour l'essentiel, il en est toujours ainsi à l'heure actuelle. Ces postulats sont les suivants :
1. Le VIH est un virus infectieux mortel dont l'origine se situe probablement en Afrique. Ce virus détruit progressivement mais inexorablement le système immunitaire, si bien que la victime finit par succomber à l'une ou l'autre de toute une variété de maladies par ailleurs déjà connues précédemment.
2. Les tests du VIH visant à détecter la présence du virus sont fiables.
3. L'AZT et les drogues similaires peuvent sauver la vie en bloquant la croissance et la transmission du virus. Il en résulte que la meilleure façon de combattre l'épidémie consiste à administrer les drogues antivirales tout en travaillant activement à la recherche d'un vaccin, et à recourir à des mesures préventives telles que la distribution de préservatifs et la dissuasion de l'allaitement maternel pour les mères séropositives.
Le monde était prêt à avaler cette histoire. Ce fut un immense soulagement collectif de penser que l'effondrement complexe et terrifiant du système immunitaire constaté dans le SIDA pouvait être imputé à un unique microbe. Les leaders de la communauté gay en furent particulièrement soulagés. Pendant des années, tout au long du mouvement de Libération Homosexuelle, ils s'étaient battus pour qu'une attitude plus humaine fût adoptée à l'égard de l'homosexualité. Les avancées réalisées s'étaient trouvées menacées lors des premières années du SIDA au cours desquelles une administration de droite s'était servie de la stigmatisation du "fléau gay" pour justifier son inaction. Les médecins et scientifiques qui avaient vu les ravages causés chez les jeunes par cette nouvelle maladie furent, eux aussi, soulagés. Qu'il s'agît d'un nouveau virus signifiait que cet ennemi pouvait être combattu proprement, sans dommages ultérieurs, en recourant à l'arsenal des moyens scientifiques connus. Les médias, quant à eux, adorent les histoires de virus tueurs. Comme se développait l'idée que ce virus n'avait pas de préjugé et était susceptible de s'en prendre à tout un chacun, des montagnes d'argent commencèrent à être consacrées à la recherche et au traitement du SIDA.
Ces éléments et d'autres facteurs sociaux, politiques et même religieux étayèrent l'hypothèse VIH et eurent rapidement pour conséquence qu'elle se transforma en credo pour la plupart des gens. Les homosexuels qui suggéraient qu'il pouvait y avoir un lien entre d'une part le SIDA et d'autre part la pratique des partenaires multiples et du recours aux drogues qui avait marqué les débuts de la Libération Gay (suggestion non empreinte de condamnation ou de culpabilisation mais visant à comprendre et à prévenir la maladie) furent vite réduits au silence. L'un d'eux, le regretté Michael Callen, qui déclarait avoir eu des relations sexuelles avec au moins 3 000 partenaires avant d'avoir atteint l'âge de 28 ans, fit un jour le commentaire suivant : "Le VIH alimente une sorte de nationalisme scientifique : vous êtes pour ou contre. Et c'est comme pour l'Amérique : vous avez le choix entre être pour le VIH, ce qui vous donne accès au débat sur le SIDA, ou être contre, mais vous devez alors vous retirer du débat."[10]
Peu de temps après le lancement du virus de Gallo comme cause du SIDA, intervint une violente controverse scientifique à ce sujet. Paradoxalement, cette controverse eut pour effet de fortifier encore la théorie du virus dans l'esprit des gens. Le HTLV-3 avait été trouvé identique aux particules virales que l'équipe de l'Institut Pasteur avaient obtenues et nommées LAV. Or un spécimen du LAV avait été fourni au laboratoire de Gallo. Une contamination avait-elle pu se produire en laboratoire ? Gallo avait-il "volé" le virus du groupe français ? Il y eut une longue et âpre dispute pour savoir qui devait être crédité de sa découverte.
Gallo clamait que même s'il s'agissait du même virus, son équipe avait fait une avancée significative par rapport au travail des Français en parvenant à le multiplier (même si cela avait été fait en utilisant des lignées de cellules hautement anormales, leucémiques) en quantité suffisante pour permettre de réaliser les travaux de laboratoire ayant débouché sur la fabrication des premiers kits de test d'anticorps.
Des années plus tard, une enquête menée par les US National Institutes of Health, Office of Scientific Integrity conclut que le premier et principal article paru dans Science contenait "20 erreurs ou dénaturations caractérisées".[11] Huit d'entre elles étaient suffisamment graves, déclarait le rapport, pour que l'on puisse parler de fraude scientifique. Tout en maintenant que ces erreurs ou dénaturations n'avaient pas été commises volontairement, Gallo reconnut que les quatre articles avaient été rédigés durant ce qu'il appelait une "période passionnée" du travail de son équipe, à un moment où ils étaient soumis à diverses pressions (y compris des pressions politiques du ministère de Heckler) pour que les publications interviennent rapidement.[12]
Pareillement, le grand spécialiste britannique du SIDA Robin Weiss commença par considérer que les déclarations de l'équipe française étaient sans intérêt et rejeta un article fondamental de Montagnier de 1983.[13] En 1985, après que Montagnier lui eut fait parvenir à lui aussi des échantillons du LAV, Weiss déclara avoir isolé de son côté un virus du SIDA, à partir duquel il fit breveter le test sanguin britannique. Une enquête montra au début de 1991 que son virus était d'apparence identique à celle du virus français, et Weiss reconnut publiquement qu'il était possible que ses cultures aient été accidentellement contaminées par le LAV.[14]
Obnubilé par la querelle, née dès le début, entre Montagnier et Gallo pour savoir à qui revenait le mérite d'avoir découvert le virus, la communauté scientifique mondiale oublia purement et simplement de vérifier si vraiment un virus avait été découvert. L'acceptation de l'appellation "Virus de l'Immunodéficience Humaine" en tant que compromis entre le HTLV-3 et le LAV eut pour effet de pérenniser l'idée qu'un nouveau virus était la cause du SIDA, alors que ce n'était qu'une supposition. Rétrospectivement, il était pourtant certainement très remarquable que non seulement Montagnier et Gallo mais aussi Weiss, les trois premiers pontes de l'histoire du SIDA, aient tous basé leurs déclarations sur des travaux portant sur des particules identiques provenant d'une seule et même source.
Colère et scepticisme accueillent les premières remises en question.
Durant la seconde moitié de la décennie 1980, alors que j'étais le correspondant médical du Sunday Times de Londres, j'ai partagé et diffusé la croyance rapidement établie que le VIH était un microbe contagieux se transmettant par contact sexuel et mettant silencieusement le monde en danger du fait qu'un certain nombre d'années s'écoulaient entre le moment de l'infection et celui de l'effondrement du système immunitaire. Cette croyance contenait en elle-même un aspect contagieux, auquel je me rappelle avoir été pour la première fois exposé complètement lors du Congrès International sur le SIDA tenu à Washington en 1987. L'atmosphère était très émotionnelle. Il y avait de la colère, celle des homosexuels qui, déjà frappés par de terribles pertes, faisaient du lobbying pour que soit accélérée la mise à disposition des drogues anti-VIH; mais il y avait aussi une grande excitation de tous à entendre les conférenciers souligner l'un après l'autre le danger présenté par le VIH tout en assurant que la science et la médecine se mobilisaient contre ce microbe dont la défaite était proche compte tenu de l'ampleur des moyens financiers et sociaux déployés.
Après avoir vécu avec cette idée en tête et travaillé sur cette base pendant les quelques années suivantes, je demeurai incrédule lorsque, en juin 1990, un documentaire de la télévision britannique remit en cause cette croyance. Réalisé par Meditel, une société cinématographique londonienne, et diffusé dans le cadre de la série Dispatches du Channel 4, ce documentaire présentait la contestation de la théorie du VIH par le Professeur Duesberg, le spécialiste de biologie moléculaire américain. Considéré jusque là comme le meilleur de sa profession, Duesberg s'était retrouvé frappé d'ostracisme après qu'il eut soutenu que le VIH n'était qu'un inoffensif virus ne jouant aucun rôle dans le SIDA.[15] Les véritables causes du SIDA étaient, croyait-il, la toxicomanie, les transfusions de sang et de produits sanguins, puis après le déclenchement de la panique provoquée par le VIH, les traitements médicaux toxiques dirigés contre le virus.[16]
L'argument principal de Duesberg contre le VIH était (et est toujours) que le nombre de virus actifs chez les patients, même chez ceux en pleine maladie déclarée, est si faible qu'il n'est pas possible que ce virus soit responsable des dommages qu'on lui attribue. À un moment, on avait cru que le SIDA résultait du passage du virus qui dévalait "comme un camion" (pour reprendre les termes employés par Gallo) dans le système immunitaire, détruisant une classe particulière de cellules (appelées T4) qui jouent un rôle crucial dans la coordination de la réponse du corps aux infections. Cette théorie s'est vite effondrée. Selon un récent article de Nature, on en est essentiellement réduit à des conjectures sur la façon dont le VIH peut provoquer la déficience immunitaire.[17] Après presque vingt ans de recherches, les scientifiques ne savent toujours pas pourquoi ni comment le VIH est pathogène. En lui-même ce fait milite fortement en faveur de la position de Duesberg.
Environ 18 mois après la diffusion du documentaire de Meditel, j'eus l'occasion de rencontrer sa réalisatrice, Joan Shenton, qui me pressa de regarder de plus près les critiques formulées par Duesberg. À cette époque, une quarantaine de scientifiques et autres spécialistes partageaient son point de vue. Ils avaient fondé un groupement dénommé Groupe pour la Réévaluation de l'Hypothèse SIDA/VIH. Aujourd'hui ce groupement compte plusieurs centaines de membres. En mai 1992, se tint à Amsterdam, Hollande, une conférence alternative sur le SIDA à laquelle participaient Duesberg et d'autres dissidents; ce fut pour moi l'occasion de présenter leurs arguments dans un journal d'audience nationale, ce qui était une première mondiale. |19]
Mon article provoqua la fureur des scientifiques du SIDA qui déclarèrent qu'il mettait en danger les vies humaines en affaiblissant la réponse de santé publique à l'épidémie. Robin Weiss m'invita dans son laboratoire pour voir ce virus "inoffensif" dont j'avais parlé. En fait, il ne me montra pas le moindre virus mais passa deux heures à m'invectiver sur mon travail.
À nouveau, c'est par une réaction de fureur que fut accueilli un article du Sunday Times annonçant la diffusion sur Channel 4 en mars 1993 d'un nouveau documentaire réalisé par Meditel mettant en cause, cette fois, l'idée selon laquelle l'Afrique était ravagée par une épidémie de SIDA. Sous le titre "Épidémie de SIDA en Afrique : un mythe tragique", j'écrivis que le documentaire allait heurter bien des opinions du monde médical occidental à cause de la croyance que le "SIDA hétérosexuel" constituait un avant-goût de ce qui pourrait se produire ailleurs. Néanmoins, de plus en plus d'experts commençaient à penser que les déclarations fausses de ravages provoqués par le VIH conduisaient, de façon tragique, à détourner les ressources des zones où elles étaient réellement nécessaires du fait des besoins médicaux découlant de la malaria, de la tuberculose et de la malnutrition. Certains "hérétiques" disaient même qu'il n'y avait aucune preuve de l'existence en Afrique d'une nouvelle maladie sexuellement transmissible mais qu'en revanche c'étaient les guerres civiles, la pauvreté et la malnutrition liées au déclin économique qui étaient la cause de l'augmentation de mortalité dans certains pays d'Afrique. Les prédictions faites par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et d'autres agences, qui annonçaient que des millions de personnes allaient mourir à cause du VIH, étaient totalement dépourvues de base scientifique et reposaient sur de simples suppositions sans fondement sur l'étendue de l'infection par le VIH en Afrique et ses liens avec le SIDA.
Le documentaire s'appuyait sur une enquête menée pendant deux mois en Ouganda et en Côte d'Ivoire, deux pays supposés être à l'épicentre de ce que les agences appelaient la "pandémie" du SIDA. Il montrait que du fait que le SIDA et les travaux sur le VIH donnaient accès aux moyens financiers, les hommes politiques et le personnel de santé étaient incités à déclarer comme "atteints de SIDA" des gens qui auraient auparavant été diagnostiqués comme souffrant d'autres maladies. Les dépenses de santé que les caisses du gouvernement ougandais pouvaient supporter étaient inférieures à un dollar par habitant, alors que les agences étrangères lui avaient versé l'année précédente 6 millions de dollars pour la recherche et la prévention en matière de SIDA.
Une partie du problème venait de ce que les tests du VIH donnaient fréquemment des résultats trompeurs en Afrique car ils réagissent aux anticorps suscités par d'autres maladies, ce qui se traduit par un taux élevé de faux positifs. Qui plus est, la plupart des diagnostics de SIDA en Afrique ne comportaient pas de test VIH mais se basaient simplement sur la définition de l'OMS qui s'appuie sur des signes cliniques tels que perte de poids, diarrhée chronique et fièvre persistante. Les possibilités d'erreurs de diagnostic de SIDA étaient énormes. Selon le Dr Harvey Bialy, expert américain ayant travaillé durant de nombreuses années sur les maladies tropicales en Afrique et qui accompagnait l'équipe de télévision, "il n'y avait pas la moindre preuve crédible que l'on se trouve en présence d'une nouvelle épidémie d'immunodéficience infectieuse en Afrique".
Bialy, que j'ai interviewé pour rédiger le présent article m"a déclaré que le seul phénomène "vraiment nouveau" qu'il avait constaté était les prostituées toxicomanes à Abidjan en Côte d'Ivoire. Ces filles se faisaient démolir par les fournitures de cocaïne et d'héroïne à fumer frelatées sans le moindre scrupule. Autrement, il avait vu la malaria, la tuberculose, des diarrhées peut-être plus qu'autrefois mais ce plus pouvait le plus raisonnablement être imputé au déclin économique, à la baisse des soins médicaux et au développement de souches microbiennes résistantes. Ces facteurs, selon lui, rendaient compte de ce qui se passait de manière plus complète, plus convaincante et bien meilleure pour la santé publique que de clamer que l'aggravation des maladies était due au VIH.
Les tests du VIH n'ont jamais été validés par l'isolement du virus.
Bialy était rédacteur scientifique du magazine Bio/Technology, fonction qui implique notamment un examen détaillé des tests de diagnostic. Il avait sous presse un article sur le VIH abordant le problème des fausses positivités et mettant fondamentalement en cause l'aptitude du test à indiquer la présence d'un virus spécifique; l'argument était que ce test n'avait jamais été validé selon les règles de base reconnues par tous comme impératives pour un test de cette nature, à savoir l'isolement du virus lui-même. L'article concluait que les résultats positifs du test, qu'il s'agisse de l'Elisa ou du Western Blot, pouvaient fort bien n'indiquer rien d'autre qu'une réactivité croisée avec des anticorps non-VIH dont les patients atteints de SIDA ou ceux à risque pouvaient être porteurs et qu'en conséquence l'utilisation de ces tests comme outils de diagnostic ou d'épidémiologie du VIH devait faire l'objet d'un réexamen.
Publié en juin 1993,[21] cet article montrait, avec 161 références à l'appui, que les données présentées par Gallo aussi bien que par Montagnier ne prouvaient en rien qu'un rétrovirus avait été isolé dans les tissus de patients atteints de SIDA.
La règle traditionnelle en matière de microbiologie pour déterminer si un virus est la cause spécifique d'une maladie est de l'identifier en le purifiant (c'est-à-dire en l'isolant) dans des tissus provenant d'un patient atteint de cette maladie, de façon à ce qu'on puisse le voir au microscope électronique et savoir sur quoi l'on travaille. Ceci fait, on fait multiplier en laboratoire ce virus purifié; puis on montre qu'il est présent dans tous les cas de la maladie en cause; puis qu'il s'y trouve en nombre suffisant et que son activité dans l'organisme suffit à rendre compte de la maladie; puis on doit démontrer qu'on reproduit la maladie d'où on était parti lorsqu'on introduit ce virus dans un organisme susceptible de la développer.
Dans le cas du VIH, aucune de ces étapes indispensables n'a été accomplie, ainsi que le dit Eleni Papadopulos Eleopulos, médecin biologiste au Royal Perth Hospital, Western Australia, et auteur principal de l'article paru dans Bio/Technology. Elle et Val Turner, son principal collaborateur au sein de ce qui est devenu le groupe de Perth des scientifiques du SIDA, travaillent sans relâche depuis près de vingt ans à démontrer que l'existence même du VIH n'a jamais été prouvée.
Ils reconnaissent que des particules qu'on peut prendre pour le virus peuvent apparaître après mise en co-culture intensive utilisant des lignées cellulaires anormales (cellules de cordon ombilical et cellules leucémiques). Mais de telles particules peuvent fort bien être d'origine endogène, c'est-à-dire produites par les cellules soumises à stimulation. De plus, il s'est toujours avéré impossible d'obtenir une concentration de particules VIH par centrifugation au gradient de densité de sucrose de 1,16 g/ml caractéristique des rétrovirus.[22] Ceci signifie que le VIH n'a jamais été isolé correctement, c'est-à-dire qu'il n'a jamais été séparé des autres constituants de cellules brisées parmi lesquels des acides nucléiques ni caractérisé comme un ensemble unique de particules rétrovirales. De ce fait, il s'est également avéré impossible de photographier le virus purifié au microscope électronique. Les affirmations "d'isolement du virus" que l'on trouve dans la littérature se réfèrent habituellement à une variété de marqueurs indirects supposés témoigner de l'activité du VIH, mais ces suppositions peuvent fort bien être erronées; il n'a jamais été prouvé que ces marqueurs soient liés à un virus invasif spécifique.
Un autre élément vient à l'appui de cette interprétation : on n'a jamais trouvé deux génomes identiques de VIH, même sur une même personne; ce phénomène a conduit certains commentateurs à le considérer comme une "quasi-espèce" de virus.[23] Selon une estimation,[24] chaque patient est porteur de plus de 100 millions de variants génétiquement distincts de ce virus. Ces variations ont conduit un autre chercheur à conclure que "de telles données impliquent qu'on n'est pas en présence d'un isolat" [virus du SIDA].[25] Howard Temin, co-lauréat du Prix Nobel de médecine en 1975 pour sa découverte d'une enzyme caractéristique des rétrovirus, fait une remarque similaire dans sa contribution à l'ouvrage Emerging Viruses (ed. Stephen Morse, Oxford University Press, 1993, p. 221) : "Les données indiquent que dans chaque patient atteint de SIDA, à chaque instant, il y a un grand nombre de génomes viraux différents." Ces observations ne vont pas du tout dans le sens du concept d'une entité virale invasive unique. Elles pointent beaucoup plus vers l'idée qu'on se trouve en présence d'une activité génétique chaotique provenant de cellules désorganisées.
Le matériel génétique que Gallo, Montagnier et Weiss ont obtenu à partir de leurs cultures de cellules – et on a vu qu'il provenait probablement d'une même source- et qui a reçu le nom de "génome de VIH" n'a jamais été purifié directement à partir des tissus d'un patient et n'a jamais été correctement caractérisé.[26] Les particules contenant le matériel génétique actif sont produites après plusieurs semaines de co-cultures laborieuses, et c'est ce matériel que l'on parvient à transmettre d'une cellule à une autre et dont l'on peut déterminer la composition génétique. Mais on n'a jamais montré que ce matériel génétique avait les propriétés d'un virus déterminé, s'auto-répliquant et provoquant une pathologie.
Le "VIH" a été inoculé à 150 chimpanzés : aucun n'a développé le SIDA. Selon la théorie du VIH, le "virus" s'est transmis à l'homme à partir des chimpanzés et des singes mangabey noirs; mais ces animaux n'attrapent pas le SIDA de façon naturelle bien qu'ils soient porteurs d'un "virus essentiellement identique".[27] Dans une tentative d'explication de ces faits, des chercheurs hollandais travaillant avec les statisticiens de l'Université de Californie ont récemment émis l'hypothèse qu'une épizootie analogue au SIDA avait exterminé un nombre considérable de chimpanzés il y a deux millions d'années. Les rescapés seraient les chimpanzés modernes –dont 98% de l'ADN est identique à celui de l'homme- présentant une grande résistance au VIH.[28] Une pareille théorisation est vue par les "dissidents" comme l'illustration des extrémités auxquelles ont recours les tenants de la théorie du VIH pour défendre l'édifice du virus.
Le groupe de Perth maintient que l'incapacité à purifier le virus signifie qu'aucun des inventeurs de l'hypothèse du VIH ne savait sur quoi il travaillait et que la situation est toujours la même à ce jour. Ce groupe a montré que les anticorps détectés par les tests de VIH peuvent tous résulter d'une agression par l'un ou l'autre de nombreux facteurs autres que le VIH. Ce complément à la critique de Duesberg est particulièrement significatif car il offre une explication non-VIH à la corrélation étroite constatée entre des niveaux élevés "d'anticorps au VIH" et le risque de maladie, corrélation qui a été le principal argument invoqué à l'appui de la théorie selon laquelle c'est le VIH qui provoque le SIDA.
Le groupe de Perth ne rejette pas l'idée que certains de ces facteurs d'agression du système immunitaire puissent être transmis via des transfusions de sang ou d'autres fluides corporels anormaux, et que ces facteurs puissent être détectés au moyen des tests sanguins du VIH. "D'un point de vue de santé publique, déclare Eleopulos, nous sommes tout à fait d'accord avec les experts en VIH, et nous irions même plus loin qu'eux. Il est certainement bon de tester tous les échantillons de dons du sang et pas seulement ceux prélevés sur les groupes à risques, car le test permet de voir si le sang présente une anomalie et devrait donc être écarté. Nous prônons également les rapports sexuels protégés, surtout pour les rapports anaux, que le partenaire actif soit ou non séropositif (même si le risque est encore plus élevé dans le cas où il est séropositif). En effet, le sperme est un oxydant, et s'il provient d'une personne malade il peut être encore plus toxique. Il est évidemment préférable que les toxicomanes utilisent des seringues propres plutôt que des seringues sales, mais nous disons surtout : pas de seringue du tout parce que le contenu de la seringue pose, lui aussi, problème."[29]
C'est l'utilisation des tests pour diagnostiquer la "maladie du VIH" que conteste le groupe de Perth. Il y a deux catégories principales de tests : ceux utilisant la méthode dite Western Blot (WB) et ceux utilisant la méthode Elisa. Le WB est tenu pour plus spécifique car il détecte l'activité d'anticorps individuels à des protéines alors que l'Elisa recherche leur présence de façon globale. Cependant, l'article de Bio/Technology a montré qu'aucune des protéines utilisées dans le test WB n'est spécifique à un unique rétrovirus. Pour chacune d'elle, il est possible que la source en soit tout autre. L'article citait également des études montrant que le test du "VIH" donnait des résultats de fausse positivité chez les personnes dont le système immunitaire avait été activé par des facteurs variés, tels que la tuberculose et la malaria.
Les malades du SIDA, ainsi que les homosexuels masculins ayant des relations avec de nombreux partenaires et les toxicomanes ayant une vie susceptible de les exposer à de multiples agressions immunitaires avaient beaucoup plus de chances que les Américains en bonne santé d'être diagnostiqués séropositifs, alors que cette corrélation a servi de fondement à l'affirmation que le test permettait de porter un diagnostic valable. Or il est fort possible que cette corrélation soit due au fait que les anticorps recherchés par les tests peuvent fort bien être dirigés contre des protéines cellulaires normales, telles que l'actine, et fabriqués lorsque le système immunitaire est soumis à un stress.
D'autres études ont confirmé que les tests de "VIH" détecte effectivement ces anticorps. Par exemple, les patients atteints de lupus érythémateux, un maladie auto-immune, donnent des résultats positifs au test du "VIH" car ils ont des anticorps dirigés contre l'actine.[30] Les maladies chroniques récurrentes dues aux virus des hépatites provoquent également des réactions auto-immunes dans lesquelles prédominent des anticorps dirigés contre l'actine et d'autres protéines cellulaires. Les virus d'hépatites sont extrêmement répandus au sein des principaux groupes à risque vis-à-vis du SIDA (presque tous leurs membres sont porteurs du virus de l'hépatite C); ceci a conduit les chercheurs à suggérer que les anticorps fréquemment trouvés chez les patients atteints d'hépatite pourraient être responsables des résultats positifs de tests du "VIH".[31]
L'article de Bio/Technology a montré qu'en plus de leur manque de spécificité les divers tests du "VIH" n'étaient pas standardisés. Par exemple, à l'époque où la FDA (Food and Drug Administration) américaine imposait des critères stricts pour la séropositivité (1987), moins d'un malade du SIDA sur deux testait séropositif. Ce chiffre est à comparer aux quatre tests positifs sur cinq lorsque sont appliqués les critères fixés par le Consortium for Retrovirus Serology Standardisation.
Le Dr Roberto Giraldo, spécialiste des maladies infectieuses travaillant dans un laboratoire d'immunologie clinique à New York City, a exprimé sa surprise lorsqu'il s'est aperçu que le test Elisa exigeait que le sérum à tester soit dilué au taux de 1/400 avec un diluant pour échantillon. Il dit que ce taux de dilution est au moins 20 fois plus grand que celui utilisé dans la plupart des tests sérologiques visant à détecter des anticorps microbiens, ce qui laisse entendre que le sang normal contient une grande quantité d'éléments réagissant au test du "VIH".[32] D'autres comptes rendus de la littérature scientifique ont relevé qu'il existe 70 raisons différentes d'obtenir une réaction positive sans aucun lien avec une infection par le VIH.[33] Pour chacune d'elles, déclare Giraldo, on trouve un historique de stimulation poly- antigénique, constatation qui le conduit à suggérer que, quelle que soit la concentration utilisée, une réaction positive à un test Elisa ne signifie rien d'autre que le fait que l'on est en présence d'anticorps non spécifiques ou poly-spécifiques qui se trouveraient dans tous les échantillons sanguins mais à des niveaux de concentration différents. "Ces anticorps sont très probablement le résultat d'une réponse à un stress, sans aucun lien avec quelque rétrovirus que ce soit, et a fortiori avec le VIH… Il se peut qu'une réponse séropositive au test soit seulement un indicateur du degré de l'exposition à des agents de stress ou à des agents oxydants subie par la personne testée."
Les Laboratoires Abbott, l'un des principaux fabricants de kits de test Elisa, sont bien conscients du problème de la spécificité de ce test, ajoute Giraldo. La documentation émanant de cette firme indique qu'il n'existe pas de règle standard reconnue pour établir si l'on est ou non en présence d'un anticorps au VIH dans le sang et que, par conséquent, un simple test Elisa ne peut pas être utilisé pour diagnostiquer le SIDA.
Les autorités réglementaires connaissent ce problème depuis l'origine mais, comme Ponce Pilate, elles s'en lavent les mains. Dès 1986, un représentant de la FDA déclarait lors d'une réunion tenue à l'OMS que le test servait avant tout à effectuer le dépistage des échantillons provenant des dons de sang, et "qu'il était inapproprié de l'utiliser comme test de dépistage du SIDA ou pour tester les personnes appartenant à un groupe à risques vis-à-vis du SIDA." Il ajoutait cependant que vouloir faire respecter cette restriction serait aussi vain que vouloir faire respecter le Volstead Act qui instituait la prohibition des boissons alcoolisées aux États-Unis dans les années 1920, tout simplement irréalisable."[34]
Dans le même sens, Robin Weiss m'a dit qu'il y avait eu des problèmes de réactivité croisée avec les premiers tests, mais que ces problèmes avaient été résolus avec les versions ultérieures. Mais il ne m'a présenté aucune preuve de cette assertion. Au contraire, Eleopulos et al disent que le test est intrinsèquement défectueux en tant qu'outil de diagnostic à cause de son incapacité à montrer de façon non équivoque la présence du virus.
Les kits de test sont en effet calibrés de telle manière que, avec des taux de dilution énormes, les résultats soient négatifs pour la plupart des personnes en bonne santé mais positifs pour de nombreux patients atteints de SIDA et de nombreuses personnes appartenant à un groupe à risque vis-à-vis du SIDA. Giraldo démontre cela en se servant d'indications recueillies à la source puisqu'il cite les informations émanant des Laboratoires Abbott eux-mêmes (les soulignés sont de Giraldo) :[35]
Les étude menées par Abbott montrent que : la sensibilité basée sur la supposition que la prévalence d'anticorps au VIH-1 est de 100% chez les patients atteints de SIDA est estimée à 100% (144 patients testés). La spécificité basée sur la supposition que la prévalence d'anticorps au VIH est de zéro chez des donneurs choisis au hasard est estimée à 99,9% (477 donneurs choisis au hasard testés).
À l'heure actuelle, il n'existe aucun standard reconnu pour établir la présence ou l'absence d'anticorps au VIH-1 dans le sang humain. Par conséquent, la sensibilité a été calculée en se basant sur les diagnostics cliniques du SIDA, et la spécificité est basée sur des donneurs choisis au hasard.
Il existe de multiples preuves que les tests présentent tout autant de problèmes aujourd'hui qu'autrefois.[36] Aux USA, un simple test Elisa ne suffit pas à porter un diagnostic d'infection par le VIH; une "confirmation" par le WB est requise. En revanche, au Royaume-Uni, le diagnostic est porté en se fondant sur des tests répétés utilisant divers types d'Elisa. Les experts britanniques considèrent que le test WB est trop peu fiable pour être utilisé à autre chose que comme outil de recherche. Cette situation est tragique si l'on veut bien se rappeler qu'un résultat positif au test constitue une condamnation à mort.
L'utilisation d'antigènes peptidiques et recombinants a certes permis de résoudre un des problèmes rencontrés à l'origine avec le test Elisa puisqu'on ne savait pas trop quel antigènes il contenait, mais savoir ce qui se trouve dans les kits de test n'avance à rien si l'on continue d'ignorer si ces antigènes sont ou non spécifiques à un nouveau virus. Cette critique s'applique tout autant au WB qu'à l'Elisa. Si l'Elisa et le WB ne permettent pas de porter un diagnostic d'infection par le "VIH", alors qu'est-ce qui le permettra ? Selon le groupe de Perth : rien. Eleopulos déclare : "Tous les types de test d'anticorps doivent être mis en doute, spécialement lorsqu'il s'agit de patients atteints de SIDA car ils sont porteurs de toutes sortes d'agents infectieux… Si le test ne vaut rien, vous pouvez le refaire 1000 fois, ses résultats ne vaudront toujours rien. Lorsque que le principe d'un test, son fondement même, n'a pas été validé, le nombre de fois où vous le referez n'a aucune importance, vous continuerez de ne rien prouver du tout."
Les prétendues charges virales encourent les mêmes critiques. On y multiplie des millions de fois des petites séquences de gènes en utilisant la technique de réaction en chaîne des polymérases (PCR) afin d'atteindre des niveaux détectables. Ces tests ont trouvé un large débouché car on leur prête l'aptitude à surveiller l'évolution de la "maladie du VIH". Tout comme pour les tests d'anticorps, ils donnent probablement une indication sur l'état de perturbation du système immunitaire, mais on n'a jamais prouvé que les séquences de gènes qu'ils détectent soient spécifiques au VIH. Kary Mullis, lauréat du Prix Nobel 1993 pour son invention du PCR, dit que les conclusions que l'on tire de l'utilisation du PCR dans ces tests sont impropres. Dans la préface qu'il a écrite pour l'ouvrage publié par Peter Duesberg en 1996 "Inventing the AIDS Virus" ("L'invention du virus du SIDA") (Regnery Publishing, Washington, D.C.), Mullis va encore plus loin. Il écrit qu'il ne pense pas "que Duesberg sache forcément ce qui cause le SIDA; nous ne sommes pas d'accord là-dessus. Mais nous sommes tous deux d'accord sur ce qui ne cause pas le SIDA. Nous ne sommes pas parvenus à trouver une seule bonne raison pour laquelle la plupart des gens croient que le SIDA est une maladie provoquée par un virus nommé VIH. Il n'existe tout simplement aucune justification scientifique d'une telle croyance."
Le cœur du problème avec les test de charge virale est le même qu'avec les anticorps : l'incapacité des chercheurs à purifier le VIH et à démontrer de manière certaine son existence directement chez les malades. Dès lors, lorsque les experts disent qu'ils constatent l'émergence de souches résistantes du VIH, ils ne font rien d'autre que faire état d'une diminution de l'efficacité des drogues pour supprimer la production de segments de gènes supposés sans aucune preuve appartenir au VIH. Il se peut que la résistance ne soit pas du tout de nature microbienne. Il peut s'agir d'une réponse cellulaire aux drogues, et il se peut que l'accroissement d'activité génétique soit la conséquence et non la cause d'un désordre immunitaire.[37] Pareillement, les déclarations selon lesquelles différents sous-types ou "clades" de VIH ont été identifiés un peu partout dans le monde ne sont pas faites en s'appuyant sur l'isolement du virus. Elles s'appuient sur l'analyse de segments supposés appartenir au génome du VIH. Les segments généralement observés sont présumés appartenir aux séquences de l'enveloppe du virus mais, en réalité, on ne sait même pas s'ils proviennent d'un virus. Les grandes différences que l'on constate de l'un à l'autre pourraient ne refléter que la variabilité génétique des populations humaines.
"Ils n'ont pas prouvé qu'ils avaient réellement détecté un rétrovirus exogène unique," déclare John Papadimitriou, de l'Université de Western Australia, professeur de pathologie renommé pour ses travaux en microscopie électronique et membre du groupe de Perth. "Les données fondamentales permettant d'affirmer qu'un tel rétrovirus a bien été détecté n'ont jamais été présentées. Il faut impérativement être absolument certain que ce qu'on a détecté est unique, exogène et appartient à une espèce moléculaire bien individualisée. Cette étape de base n'a jamais été réalisée de façon convaincante. Il n'est pas correct de se contenter de voir des particules virales dans les tissus sans vérifier qu'il s'agit d'un virus infectieux. Est-ce que ce sont ces particules qui provoquent la maladie ? Ceci n'a jamais été vérifié correctement."[38] Val Turner va encore plus loin : "Le VIH est une métaphore qu'on a utilisée pour désigner un ensemble de phénomènes quasiment corrélés, dit-il. Personne n'a prouvé qu'on était en présence d'un virus, et nous ne croyons pas à l'existence de ce virus."[39]
Une vue similaire est présentée par un autre pathologiste expérimenté, Étienne de Harven, professeur émérite à l'Université de Toronto. De Harven a travaillé durant 25 ans au Sloan-Kettering Institute à New York où il fut le premier à développer une méthode de purification des virus. En 1960, c'est lui qui lança le vocable "bourgeonnement", désormais familier, pour désigner les étapes de l'assemblage du virus à la surface des cellules. "Je connais très bien les nombreux rapports et photographies au microscope électronique des "particules VIH", déclare-t-il. On y voit effectivement des particules qu'on pourrait très bien prendre pour des rétrovirus en se basant sur leur seule ultra-structure."[40] Mais toutes ces particules ont été trouvées dans des cultures cellulaires complexes et résultaient d'une intense stimulation en laboratoire. Les tentatives récentes effectuées en vue de purifier et démontrer la présence de ces particules directement dans le sérum des malades du SIDA – dans le cadre d'études "qui auraient dû être faites depuis des années" – ont donné des résultats désastreux pour la théorie du VIH, dit de Harven, ce qui suggère que des "milliards de dollars de recherches sont partis en fumée."[41]
On trouve une indication supplémentaire de la non-spécificité des phénomènes interprétés comme indiquant la présence du VIH dans la découverte de particules "virus-like" ("ressemblant à des virus") dans les ganglions lymphatiques des patients atteints de SIDA qui présentent des gonflements ganglionnaires.[42] On a souvent supposé que ces particules étaient des VIH. Mais une étude de vérification par microscopie électronique, la seule étude dans laquelle, selon le groupe de Perth, furent utilisées les procédures et les comparaisons correctes, a montré qu'on trouvait des particules identiques chez les patients non atteints de SIDA présentant un gonflement des ganglions lymphatiques pour une tout autre raison; cette constatation conduisit les auteurs de l'étude à la conclusion "que ces particules n'indiquent pas par elles-mêmes qu'il y a infection par le VIH".[43]
Les scientifiques de Perth déclarent que quelle que soit la pathologie, qu'il s'agisse du SIDA ou d'autre chose, un résultat positif au test n'indique pas une infection par le VIH mais constitue seulement un marqueur non spécifique de toute une gamme de pathologies. "Par conséquent, la croyance générale que presque toutes les personnes, qu'elles soient ou non en bonne santé, qui sont séropositives au test du "VIH" sont infectées par un virus mortel ne repose sur aucun fondement scientifique."[44]
Pourquoi y a-t-il corrélation entre la séropositivité au VIH et le risque de maladie
Le groupe de Perth pense que dans le
SIDA que l'on trouve en Occident, la corrélation étroite
constatée entre la séropositivité et le risque
de maladie résulte de l'importance des agressions supportées
par le système immunitaire; cette importance est visible dans
les principaux groupes à risque où le mécanisme
habi